Livre de Axelle Kabou publié chez l'Harmattan, 1991

Livre de Axelle Kabou publié chez l'Harmattan, 1991

C’est cette question que s’est périlleusement posée la native de Douala (Cameroun), Axelle Kabou.

À la sortie de son livre en 1991, elle avait 36ans. Sa dérangeante question dans une Afrique en rémission d’un long déclin économique après les indépendances a suscité de vives polémiques. Sous le feu nourri des critiques, Axelle assume qu’elle écrit pour susciter le débat et parlera plus tard d’un malentendu : elle a écrit un pamphlet et les contre-tribunes ont pris son livre comme une œuvre académique.

Ne trouvant rien à redire sur le fond et la forme, ses détracteurs ont usé de la stratégie classique des pseudo-panafricains du 21e siècle : rechercher les liens (peu importe leurs natures) de la personne avec la « France-ennemie » pour ensuite violemment accuser la cible de toute la batterie de qualificatifs inspirant le dégoût moral : « complexée », « vendue », etc.

Double peine, mais sans effet, pour Axelle. En effet, il se trouve que primo Axelle est d’abord une femme, donc, par essence dans le code du machisme, « elle devrait fermer sa gueule » et secundo Axelle est noire-africaine de culture française donc, par essence dans l’esprit des panafricains, « elle est une vendue et n’est pas des leurs ».

Ce théâtre réactionnaire est la parfaite illustration des thèmes qu’elle développe dans les premiers chapitres comme si elle le prévoyait d’avance.

Loin d’être afro-pessimiste même si le titre laisse volontairement cette apparence, Axelle appelle au combat, manifeste son vœu pieux d’assister à l'effondrement des nationalismes étroits des indépendances et à l'avenir d'une Afrique large, forte et digne.  Mieux, elle consacre une partie entière de son ouvrage à l’avènement d’une Afrique décomplexée. Elle dénonce l’aveuglement des élites africaines et explique pourquoi il faut mettre à mort l’organisation de l’unité africaine (devenue Union Africaine).

La première partie du livre (je n’ai pas lu la toute dernière encore) est la plus excitante, car c’est bien dans cette partie qu’Axelle ose relier le sous-développement de l’Afrique aux Africains, en éclipsant volontairement les facteurs classiques.

Les rapports à la connaissance, la science et l’éducation sont extrêmement diaphanes dans le continent selon elle. Axelle enfonce le tabou, sabre la plaie béante et martèle : « L'Afrique n'a pas su dépasser son "sanglot de l'homme noir". Elle s'est construit une image d'elle‑même en éternelle victime, où la traite, la colonisation, puis les termes de l'échange sont les seules causes des difficultés ».

Personne n’est épargné dans son livre. Même les théoriciens de la négritude prennent cher ! Elle les accuse d’avoir enfermé l’homme noir dans un "droit à la différence" qui n'était qu'un droit à l'auto‑marginalisation pour elle.

Enfin pour finir, rappelons que Axelle Kabou est/était consultante en communication. Elle a été haute fonctionnaire et chargée de communication aux niveaux national, régional et international. Elle connait l’Afrique pour y être née, pour y avoir travaillé au cœur même des sphères du pouvoir opulent. D’ailleurs a-t-on besoin de naitre, de grandir, de travailler et de mourir en Afrique pour avoir le droit d’en parler ???

Pour les afro-optimistes pur-sang, n’ayez pas peur, vous y laisserez quelques soupirs mélancoliques, mais vous sortirez de cette lecture très « afro-inconditionnelle », ni trop optimiste, ni trop pessimiste.

Bonne lecture !

Idriss Maham

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